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Guide · Preuve

Sans état des lieux, la loi ne vous donne pas tort. Elle vous donne plutôt raison — et ça ne suffit pas.

On lit partout qu'un propriétaire sans état des lieux a perdu d'avance. C'est l'inverse de ce que dit le Code civil. Le vrai problème est ailleurs, et il explique pourquoi tant de retenues pourtant fondées finissent par être abandonnées : la présomption vous dit qui doit prouver, elle ne prouve ni le dommage ni son montant.

Mis à jour en août 2026 · Lecture 10 min · Écrit par un propriétaire-exploitant

D'abord, l'état des lieux n'est pas obligatoire ici

Autant l'établir tout de suite, parce que beaucoup de propriétaires croient être en infraction. Service-public.gouv.fr, dans sa fiche sur les règles d'une location de vacances entre particuliers vérifiée le 11 août 2026, écrit noir sur blanc que faire un état des lieux d'entrée et de sortie lors de la location d'un meublé de tourisme n'est pas obligatoire, mais recommandé. La DGCCRF se borne, elle aussi, à le recommander.

Ne confondez pas deux documents qui portent des noms voisins :

DocumentObligatoire ?À quoi il sert
État descriptifOui — art. L324-2 du Code du tourismeDécrire ce que vous louez, avant la réservation. Il vous protège d'une réclamation en non-conformité.
État des lieuxNonConstater l'état réel du logement à l'arrivée et au départ. Il vous protège en cas de dégradation.

Pourquoi la loi de 1989 ne s'applique pas

Un détail qui a son importance, parce que la plupart des articles sur le sujet en donnent une version périmée. On répète que la loi du 6 juillet 1989 « exclut expressément les locations saisonnières ». Cette exclusion expresse figurait dans la version d'origine du texte ; elle n'est plus dans l'article 2 aujourd'hui en vigueur.

L'exclusion existe bien, mais elle passe désormais par un critère positif : la loi de 1989 s'applique aux locations qui constituent la résidence principale du preneur, entendue comme le logement occupé au moins huit mois par an. Un meublé de tourisme est par définition loué à une clientèle de passage qui n'y élit pas domicile. Il est donc hors champ — par le critère, pas par une phrase d'exception.

La conséquence pratique est réelle : tout le régime protecteur de 1989 tombe avec elle. Le délai d'un mois ou de deux mois pour restituer le dépôt de garantie ne s'applique pas. La règle qui prive de la présomption la partie ayant fait obstacle à l'établissement de l'état des lieux ne s'applique pas non plus. Vous êtes dans le droit commun du louage, c'est-à-dire dans le Code civil.

Ce que dit vraiment le Code civil

Deux articles, trois lignes chacun, et ils décident de tout.

Article 1730 du Code civil
« S'il a été fait un état des lieux entre le bailleur et le preneur, celui-ci doit rendre la chose telle qu'il l'a reçue, suivant cet état, excepté ce qui a péri ou a été dégradé par vétusté ou force majeure. »
Article 1731 du Code civil
« S'il n'a pas été fait d'état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire. »

Lisez le second lentement. En l'absence d'état des lieux, c'est le locataire qui est présumé avoir reçu un logement en bon état, et c'est à lui d'apporter la preuve contraire. La présomption joue en faveur du bailleur, pas contre lui. La Cour de cassation a d'ailleurs censuré une cour d'appel qui, faute d'état des lieux d'entrée, avait fait peser sur les bailleurs la preuve de l'origine des dégradations : elle avait inversé la charge de la preuve.

À quoi s'ajoute l'article 1732 : le preneur « répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, à moins qu'il ne prouve qu'elles ont eu lieu sans sa faute ».

Sur le papier, la position du propriétaire est donc plutôt confortable. En pratique, elle ne l'est pas — et voici pourquoi.

La présomption ne prouve ni le dommage, ni son montant

C'est le point que je considère comme le plus mal compris de tout le sujet, et il explique la quasi-totalité des dossiers perdus.

L'article 1731 répartit la charge de la preuve sur l'état initial. Il ne dit rien sur deux autres questions, dont vous restez entièrement responsable :

Erreur fréquente
Retenir « 150 € pour la table basse abîmée » sans photo du dommage et sans devis ni facture de remplacement. Le raisonnement est peut-être juste, la somme peut-être raisonnable — mais il n'y a rien à opposer à un voyageur qui conteste, et rien à produire devant un juge. Une retenue non chiffrée sur pièce est une retenue à la merci de la première contestation écrite.

Autrement dit : le Code civil vous dispense de prouver que le logement était en bon état ; il ne vous dispense de rien d'autre. C'est précisément le trou que le protocole photo vient combler.

Le protocole photo

Je pars d'un principe simple : le jour où un dossier sera contesté, personne ne me croira sur parole, et je n'aurai plus accès au logement. Tout ce dont je disposerai, ce sont des fichiers pris à un moment où je ne savais pas encore qu'ils serviraient. Le protocole n'a donc qu'un seul objectif : que la série existe déjà, avant l'incident.

Étape 1 — La série de référence, une fois par saison

Une série complète du logement en état neuf, prise hors location : pièce par pièce, en plan large, en lumière du jour. C'est votre point zéro. Elle ne remplace pas les séries d'entrée et de sortie, mais elle donne une base de comparaison quand un voyageur soutient qu'un défaut « était déjà là ».

Refaites-la après chaque remplacement de mobilier important. Une série de référence vieille de trois ans qui montre un canapé qui n'existe plus n'aide personne.

Étape 2 — La série d'entrée, avant chaque arrivée

Prise après le ménage, avant la remise des clés. C'est la plus importante des trois et c'est celle que tout le monde saute, parce qu'elle tombe au pire moment de la journée.

Plan large de chaque pièce, depuis l'angle opposé à la porte
→ Plan rapproché des surfaces fragiles : plan de travail, table, canapé, literie, sols
→ Plan rapproché des équipements coûteux, écran allumé pour le téléviseur et l'électroménager
→ Relevé des compteurs si l'électricité ou l'eau est en supplément
→ Une vue de l'extérieur et du mobilier de jardin

Comptez sur une quinzaine à une trentaine de photos selon la taille du logement. L'objectif n'est pas l'exhaustivité artistique, c'est la couverture : tout ce qui peut coûter plus de cent euros à remplacer doit apparaître au moins une fois, net.

Étape 3 — L'envoi au voyageur, le jour de l'arrivée

C'est l'étape qui transforme un dossier de photos en élément contradictoire, et c'est celle qui a le meilleur rapport effort/effet de tout le protocole.

Un message unique, le jour de l'arrivée, avec le lien vers l'album ou les photos en pièce jointe, et une phrase du type : « voici l'état du logement à votre arrivée ; si vous constatez quoi que ce soit qui ne correspond pas, signalez-le-moi dans les 48 heures et je le note ». Vous obtenez trois choses d'un coup.

Sur le délai de signalement
Prévoyez au moins 72 heures, et jamais 24 heures. La Commission des clauses abusives, dans sa recommandation sur les locations saisonnières, vise les délais de réclamation inférieurs à trois jours. Ce texte ne s'impose formellement qu'aux contrats conclus avec un professionnel, mais il donne au juge une grille de lecture — et un délai généreux ne vous coûte rien.

Étape 4 — La série de sortie, avant le ménage

Avant. Toujours avant. Une photo prise après le passage du prestataire de ménage ne prouve plus rien : le dommage a pu être créé, aggravé ou effacé entre-temps, et c'est l'argument que vous entendrez.

Reprenez les mêmes cadrages que la série d'entrée. La force d'un dossier photo ne vient pas de la qualité des images, elle vient du parallélisme : deux plans identiques, l'un avant, l'autre après, se comprennent en une seconde et ne se discutent pas.

Étape 5 — Le chiffrage, dans les jours qui suivent

Un devis, une facture, ou à défaut une capture de la fiche produit du modèle exact avec son prix et la date. C'est ce document, et non la photo, qui justifie le montant retenu. La photo établit le fait ; le devis établit la somme. Il faut les deux.

Étape 6 — L'archivage

Un dossier par séjour, nommé de façon à être retrouvé sans réfléchir, contenant les quatre séries, le fil de messages exporté et les pièces de chiffrage.

2026-07-12_Nom-du-voyageur/
→ 01-entree/ · 02-sortie/ · 03-messages/ · 04-devis-factures/

Sur la durée de conservation : l'action en réparation contre un voyageur relève des actions personnelles, qui se prescrivent par cinq ans à compter du jour où vous avez connu les faits, au titre de l'article 2224 du Code civil. C'est la borne haute utile. Conserver au-delà n'a pas d'objet.

Ce qui donne — ou retire — de la force à une photo

Le régime de la preuve est plus favorable qu'on ne le croit, à condition d'en comprendre le découpage.

L'article 1358 du Code civil pose que « hors les cas où la loi en dispose autrement, la preuve peut être apportée par tout moyen ». Service-public.gouv.fr, dans sa fiche sur les modes de preuve vérifiée en février 2026, l'illustre explicitement : quand la réalité d'un fait doit être établie, la preuve se fait par tout moyen — SMS, courriers électroniques, captures d'écran, photographies. Le juge évalue ensuite librement leur force probante.

La nuance qui compte, et que presque personne ne fait
L'article 1359 impose un écrit pour prouver un acte juridique au-delà de 1 500 €. Beaucoup en concluent qu'une dégradation supérieure à 1 500 € ne pourrait pas se prouver par photo. C'est faux : ce seuil vise les actes juridiques — votre contrat — et non les faits juridiques. Une dégradation est un fait. Elle se prouve par tout moyen, quel que soit son montant.

Deux exigences transversales, en revanche, s'appliquent à toutes vos pièces.

Sur l'horodatage et les métadonnées EXIF, soyons précis

Je préfère le dire franchement, parce que le web est plein d'affirmations péremptoires sur ce point : je n'ai trouvé aucun texte ni aucune décision publiée qui donne aux métadonnées EXIF une valeur probante particulière en droit français, ni qui impose la datation d'une photographie. Les seules sources qui l'affirment sont des prestataires qui vendent des services de certification de preuve.

Cela ne rend pas l'horodatage inutile — mais il faut savoir ce qu'il est. C'est un argument de fait, pas une règle de droit : une photo dont la date est cohérente avec le reste du dossier emporte davantage la conviction qu'une photo isolée sans date. C'est pour cette raison que l'envoi au voyageur (étape 3) vaut plus que n'importe quelle métadonnée : il crée une date que vous n'avez pas fabriquée seul.

Quand un constat de commissaire de justice devient pertinent

Rarement, mais pas jamais. Les constatations d'un commissaire de justice « font foi jusqu'à preuve contraire » — hors matière pénale, où elles valent simples renseignements. Leur chambre nationale précise que ces constatations n'ont pas valeur authentique, mais que la date, le lieu et les diligences accomplies ne peuvent être contestés que par la procédure d'inscription de faux.

C'est ce que vous achetez : une date et un lieu quasi incontestables. Cela vaut la peine dans deux situations, et guère plus — un sinistre lourd sur un logement qui ne peut pas être reloué, et un litige où votre interlocuteur a déjà annoncé qu'il irait au contentieux.

Un chiffre à ne pas croire
Vous lirez souvent qu'un constat coûte « environ 110 à 195 € ». Ce barème existe bien, mais il correspond au tarif réglementé de l'état des lieux à frais partagés entre bailleur et locataire prévu par la loi de 1989 — un mécanisme qui ne s'applique pas au meublé de tourisme. Hors de ce cas, les honoraires sont librement négociés. Demandez un devis, ne vous fiez pas au chiffre qui circule.

Ce que vous n'avez pas le droit de faire

La tentation existe et je la comprends : puisque tout se joue sur la preuve, pourquoi ne pas filmer ? La réponse est non, et elle est nette.

À la question « je suis propriétaire d'un bien que je souhaite louer, puis-je installer une caméra de vidéosurveillance à l'intérieur ? », la CNIL répond : « Non, cela porterait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée des locataires. » Sans condition, sans aménagement, y compris si la caméra est mentionnée dans l'annonce.

Ce n'est pas seulement une question administrative. L'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende le fait d'enregistrer, sans le consentement de l'intéressé, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé. Le rapport bénéfice/risque n'existe pas.

Sur les caméras extérieures orientées vers un accès, la marge est plus étroite qu'on ne l'imagine et dépend de ce qui entre dans le champ. En cas de doute, la règle simple est : rien qui filme un espace où un voyageur vit, se repose ou se déplace en privé.

Les limites, dites honnêtement

La checklist d'état des lieux, prête à imprimer

Le générateur produit la checklist d'état des lieux adaptée à votre logement, l'annexe contractuelle sur le dépôt de garantie, le règlement intérieur et les messages voyageurs en français et en anglais — dont celui de l'étape 3. En PDF, gratuit, sans inscription.

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À lire ensuite : un voyageur a cassé quelque chose, la procédure en 6 étapes, et les 8 clauses qui rendent un contrat saisonnier opposable.